Sélection de vases de la manufacture Keramis

Keramis, 150 ans de création céramique à La Louvière

Logo de la Manufacture Keramis
Année de création : 1841
Pays : Belgique
Spécialité : Céramique
Découvrez l'histoire captivante de la manufacture Keramis, emblème de l'artisanat belge, et son rôle prépondérant dans le monde de la céramique. De ses origines jusqu'à son apogée dans l'art déco, cet article retrace le parcours historique et l'impact culturel de Keramis.

Les bases solides de l’empire Boch

La manufacture de Keramis, située à La Louvière, en Belgique, est indissociable de l’histoire de la famille Boch et de la production de céramique de qualité. L’histoire de cette illustre famille remonte à 1748 lorsque François Boch abandonne le métier de mouleur de fonte pour se lancer dans la production de céramique avec ses trois fils.

Au début du 19e siècle, l’entreprise connaît un véritable essor grâce à Jean-François Boch, petit-fils de François. L’entrepreneur, qui a reçu une formation de chimiste et de physicien à l’Ecole centrale de Paris, mettra au point des procédés de fabrication permettant d’obtenir des faïences fines blanches et solides, à des tarifs bien inférieurs à ceux de la porcelaine.

En 1809, il achète les anciens bâtiments de l’abbaye de Mettlach en bord de Sarre et y installe une nouvelle faïencerie à la pointe de la mécanisation. Le bâtiment abrite encore aujourd’hui le siège de Villeroy & Boch, Jean-François s’étant associé à son concurrent Nicolas Villeroy en 1836 pour contrer l’assaut des importations anglaises.

En 1841, soucieux de conserver un accès au marché belge face aux évolutions politiques et économiques de l’époque, il se met en quête d’une implantation belge. Il acquiert ainsi une poterie dans le Hainaut, à Saint-Vaast, et charge son fils Victor de construire, d’organiser et de diriger la nouvelle usine.

Émergence de Keramis, imposante cité Faïencière

Une manufacture est ainsi érigée et rapidement baptisée « Keramis », en hommage aux potiers athéniens, voire probablement en réponse à Etruria, la manufacture anglaise de la famille Wedgewood. En 1844, une société en nom collectif « BOCH Frères » est née pour assurer la transmission entre Jean-François et ses fils ; Eugène, son frère cadet Victor et leur beau-frère Jean-Baptiste NOTHOMB en sont les associés fondateurs.

Carte postale "La Louvière - Sortie des Faïenceries Boch" Début XXième

La production, qui démarre en août 1844 connaît une croissance rapide. Fondée sur un modèle paternaliste et corporatiste, Victor Boch développe une entreprise très prospère.

Une imposante cité faïencière va peu à peu émerger autour des ateliers avec des logements pour les ouvriers, des maisons patriciennes pour les ingénieurs, une école, un château pour le directeur et un grand parc.

Le développement industriel est tel, que la partie de Saint-Vaast sur laquelle se trouve la manufacture est amenée à devenir une commune autonome en 1869, sous le nom de la Louvière. À l’époque, Kéramis emploie plus de 300 ouvriers. Ils seront près d’un millier en 1900 et 1350 en 1936.

À partir des années 1870, se constitue un atelier de décoration à la main où excellent de nombreux peintres néerlandais embauchés par Victor. Sous leur influence, le style Delft revient à la mode, et devient même l’une des spécialités de la manufacture. À côté d’une vaisselle produite de manière mécanique, Boch Keramis offre ainsi une grande variété d’articles de fantaisie et artistiques de grand luxe. 

L’âge d’or sous Charles Catteau

Charles Catteau, diplômé de l’École nationale de céramique de Sèvres, rejoint la manufacture Keramis en 1906 et en devient rapidement le directeur artistique. C’est le début d’une période dorée pour Keramis, marquée par une floraison de créativité et d’innovation.

En travaillant étroitement avec une équipe de designers, d’artisans et de techniciens au sein de l’atelier de Fantaisie, Catteau révolutionne l’esthétique de la céramique belge, introduisant une variété de motifs modernistes, de formes géométriques et d’animaux stylisés, ainsi que des techniques de décoration innovantes.

Sa vision, bien que contemporaine, est fermement enracinée dans les traditions de la céramique, ce qui lui permet de créer des œuvres uniques et identifiables.

L’apogée de cette période se situe dans les années 1920 et 1930, où Keramis devient un acteur de premier plan de l’Art Déco en Belgique et à l’international.

Atelier de Fantaisie de Keramis

Les œuvres de Catteau sont exposées dans de nombreuses expositions internationales, et la manufacture remporte plusieurs prix prestigieux, renforçant sa réputation et sa visibilité.

En 1947, Charles Catteau se retire de la manufacture Keramis après quatre décennies de dévouement. Raymond Chevallier, un collaborateur de longue date de Catteau, reprend le flambeau.

Après-guerre et déclin de Keramis

Sous la direction de Chevallier, la manufacture continue de prospérer et d’innover, tout en conservant l’empreinte esthétique de Catteau. Cependant, le style de Chevallier est plus axé sur l’abstraction et l’expérimentation, reflétant les courants artistiques de l’après-guerre.

En 1948, la manufacture change de raison sociale pour devenir « Boch Frères S.A. ». Elle développe un département sanitaire à partir de 1949, s’adaptant aux évolutions du marché.

La période qui suit est marquée par des hauts et des bas. La société connaît une croissance importante de 1955 à 1965, puis entre dans une période de déclin à partir de 1975, malgré les tentatives de restructuration et les interventions financières des pouvoirs publics.

En 1988, la Manufacture Royale La Louvière Boch, qui avait repris la production des services de table de Boch Frères, fait faillite. Elle est reprise par le groupe Le Hodey en 1989 et devient Royal Boch Manufacture S.A. Cependant, en 2009, la Manufacture Royal Boch de La Louvière est déclarée en faillite.

​​Aujourd’hui, la Wallonie a reconnu l’intérêt patrimonial d’une partie des anciens bâtiments industriels. Depuis mai 2015, le site connaît une nouvelle jeunesse : l’ancienne faïencerie a été réhabilitée sous l’égide de l’Institut du Patrimoine wallon et abrite le centre de la céramique de la Fédération Wallonie-Bruxelles.