Les débuts incertains : de Lille à Antony
Louis Fontinelle, né en 1886 à Louvroil dans le Nord, commence sa carrière aux Beaux-Arts de Lille comme homme à tout faire avant de devenir sculpteur. Son parcours artistique prend un premier tournant lorsqu’il rencontre Louis Dage, originaire lui aussi du Nord. Ensemble, ils fondent en 1920 une faïencerie à Antony, en région parisienne. Pourtant, dès 1922, Fontinelle se retire discrètement de cette collaboration, laissant derrière lui quelques rares pièces cosignées « Dage et Fontinelle ».
Marines, l’atelier d’une consécration au cœur d’une tendance majeure
En 1927, Fontinelle ouvre à Marines, dans le Val-d’Oise, son troisième atelier, celui qui restera le plus emblématique de son œuvre. Il participe ainsi pleinement à l’engouement général pour le craquelé, véritable phénomène esthétique français de l’entre-deux-guerres.
À cette époque, ces statuettes et sculptures décoratives en faïence blanche, parcourues de fines craquelures intentionnelles provoquées par choc thermique (technique empruntée à l’art céramique chinois du XIIe siècle) deviennent incontournables dans les intérieurs modernes. Elles s’y affirment comme objet décoratif par excellence, symbolisant une élégance sobre et raffinée en opposition à la polychromie foisonnante précédente.
À l’instar de sculpteurs et désigneurs notoires tels que François Pompon, Charles Lemanceau, ou les frères Adnet, et d’ateliers célèbres comme ceux de Robj, Primavera ou Kaza, Fontinelle trouve dans cette niche esthétique un terrain fertile à son expression. Ses créations originales et subtilement humoristiques séduisent rapidement des clients prestigieux tels que Le Bon Marché, le B.H.V., ou la Samaritaine. Il exporte en Angleterre et jusqu’en Amérique du Sud.
Toutefois, la crise économique de 1929 met un frein à la mode du craquelé. Fontinelle, toujours soucieux de s’adapter, diversifie alors ses créations et produit des vases ornés de motifs floraux naturalistes, tranchant ainsi légèrement avec l’esthétique Art Déco géométrique en vogue à cette époque.
Une traversée mouvementée du XXe siècle
Vers 1940, Fontinelle relève un nouveau défi en Belgique, à Mons, avec Antoine Dubois. Ils produisent des statuettes et figurines jusqu’à la fermeture de l’usine montoise en 1949. À la Libération, Fontinelle s’installe à Grand-Longueron, près de Joigny, où il poursuit activement son travail jusqu’à son décès en 1964.
Son fils reprendra brièvement la faïencerie de Marines, jusqu’en 1971, continuant à produire les créations emblématiques du père tout en les adaptant aux goûts du jour.
Louis Fontinelle demeure aujourd’hui encore une figure intéressante de l’histoire de la céramique française, représentatif d’une génération d’artistes-céramistes Art Déco, dont le travail discret mais singulier mérite d’être redécouvert.
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