Né en 1886 d’un père boulanger et d’une mère couturière, rien ne destinait Louis Dage à une carrière dans la céramique. Il existe peu d’informations quant à sa formation initiale, toujours est-il que les archives le présentent comme «peintre sur faïence» dès 1905. Louis a ensuite vraisemblablement travaillé à la faïencerie de Nimy en Belgique et de façon certaine pour la Maison Morda, spécialisée dans les grès. Ce vagabondage professionnel l’a finalement conduit à Antony, où il a construit son nom dans l’univers des arts céramiques.
La reconnaissance d’un céramiste: Dage à Antony
L’arrivée de Louis Dage à Antony marque une transition essentielle dans sa carrière. Après une courte association avec Louis Fontinelle, ses créations, dorénavant signées de son seul nom, sont la preuve tangible de sa reconnaissance en tant qu’artiste céramiste. L’homme, qui s’était jusque-là contenté de répondre aux demandes de ses patrons, s’affranchit à Antony et laisse libre cours à sa créativité.
De cette période, on trouve un grand nombre de pièces caractéristiques, reconnaissables au traitement du décor de fond. Les pièces sont recouvertes d’émaux donnant une impression de marbrage, avec des variantes de couleurs, de densité et de finition. Dage dessinait souvent des motifs floraux sur ce fond, en particulier des grappes de fleurs ou fruits bleus et des feuilles de vigne ou d’érable, dont la disposition variait pour s’adapter aux formes des pièces.

Parfois, il dessinait d’autres types de fleurs, utilisant une palette de couleurs plus large, et les dessinait dans un style légèrement cubiste de l’Art déco. De temps en temps, il mariait ces fonds marbrés avec des coulures, et on trouve quelques pièces rares avec des fonds noirs décorés de bandes roses et d’une frise de fleurs stylisées en or et argent. Il a également créé des pièces non figuratives avec de grands aplats de couleurs sur fond noir.
En outre, Dage a utilisé une autre technique consistant à appliquer des émaux très épais et vitrifiés qui gardaient un relief important, parfois associés à des coulures. Certaines de ces céramiques étaient ornées de cercles et de poignées en métal, souvent en bronze, et portent la signature « Val », pour l’entreprise E. Val & Cie, avec laquelle Dage était associé. Sa production, marquée par le signe de la Faïencerie d’Antony/Dage, brille jusqu’en 1935.
Un exil volontaire: La Naissance de la Faïencerie de l’Adour
Après s’être séparé de sa femme, Louis Dage prend la route des Landes. Sa nouvelle union avec Fernande Marianne Bilau, fille d’un faïencier, et l’ouverture d’une nouvelle faïencerie marquent le début d’une nouvelle ère.
Avec un certain Paul Bastard, Dage reprend en effet une usine en difficulté, fondée à Saint-Sever. Ensemble, ils rebaptisent cette entité « Faïencerie de l’Adour, Tradition de Samadet ».
Ils y emploient jusqu’à 40 personnes et intègrent les décors traditionnels de Samadet à des vase de facture moderne. Louis Dage donne aussi libre cours à son amour pour les effets métallisés or ou argent. Cependant, avec l’âge, certaines de ses créations sont devenues discutables, trahissant peut-être une période de difficulté artistique et financière.
Malgré ces fluctuations de qualité, Louis Dage est resté fidèle à sa passion pour la céramique tout au long de sa vie. Cette persistance témoigne de la force de sa vocation et de l’unicité de ses techniques et de ses styles.
Des motifs végétaux sur fond marbré, aussi répétitifs soient-ils, restent un emblème reconnu de l’art de Louis Dage, et témoignent de l’empreinte qu’il a laissée dans le monde de la céramique.
Pour en savoir plus sur Louis Auguste Dage, nous vous invitons à consulter l’article
Louis Dage (1885–1961). La diagonale du céramiste du nord-est au sud-ouest, publié dans la Revue de la Société des Amis du musée national de Céramique en 2014.





