Portrait de Jules Chéret par Nadar, vers 1900
1 juin 1836
- 3 septembre 1932
Paris, France

Chéret, le maître de l’affiche qui illumina la Belle Époque

Discipline·s :
Peinture, Graphisme / Illustration
Découvrez Jules Chéret, maître incontesté de l'affiche illustrée, inventeur d’un langage visuel pétillant entre grâce féminine, modernité et légèreté parisienne.

Premiers pas et influences décisives de Jules Chéret

Né à Paris en 1836, fils d’un ouvrier typographe, Jules Chéret grandit dans un milieu modeste. En grande partie autodidacte, il débute comme dessinateur en lettres dès l’âge de treize ans, avant d’entrer comme ouvrier-lithographe chez Bouasse-Lebel, imprimeur spécialisé dans les images religieuses.

Parallèlement, Chéret suit les cours de dessin de Lecoq de Boisbaudran à la « petite école » ancêtre de l’École des Arts décoratifs. Il y apprend à dessiner de mémoire, méthode originale fondée sur l’observation attentive de la nature et l’inspiration d’œuvres d’art, du rococo français aux estampes japonaises. Cette approche mnémotechnique de la beauté deviendra déterminante dans la création de son propre langage artistique.

Chéret poursuit sa formation informelle en visitant assidûment le Louvre, souvent accompagné par son frère Joseph, futur sculpteur et céramiste, avec lequel il partage alors une mansarde.

En 1858, Jules Chéret réalise sa première affiche lithographiée en trois couleurs pour l’opérette d’Offenbach, Orphée aux enfers. Cette création marque un tournant important, attirant l’attention du célèbre caricaturiste et lithographe Gavarni.

Affiche éditée par les Impressions Lemercier en 1860

L’année suivante, en 1859, il quitte Paris pour Londres, où il séjourne jusqu’en 1866. Ce séjour prolongé dans la capitale britannique s’avère décisif, lui permettant de découvrir un art de l’affiche totalement nouveau, marqué par les grands formats colorés qui tapissent les murs d’une ville en pleine industrialisation. Il y puise une inspiration directe, observant minutieusement la société anglaise et particulièrement les « petites Anglaises » animant les rues. Il étudie aussi avec passion les nuances de couleurs dans les pétales de fleurs, cherchant sans cesse à perfectionner sa technique et son sens chromatique.

Du retour à Paris au succès : une révolution graphique

Grâce au soutien déterminant du parfumeur Eugène Rimmel rencontré à Londres, Jules Chéret installe son propre atelier lithographique à Paris en 1866, équipé de presses anglaises de pointe (il le cèdera en 1881 à la maison Chaix, tout en y gardant la direction artistique).

La même année, il obtient son brevet d’imprimeur et produit sa célèbre affiche pour le spectacle La Biche au bois, posant définitivement les bases de son succès parisien.

À gauche, affiche sans la lettre pour La Biche au Bois, éditée en 1876 par les Impressions J. Chéret, à droite affiche publicitaire pour la Poudre de Riz de notre chère Sarah, éditée en 1890 par l’atelier Chéret (impressions Chaix)

Rapidement, ses créations révolutionnent le paysage urbain parisien, apportant couleur et dynamisme aux façades des immeubles haussmanniens. Ses affiches, éclatantes et pleines de vie, mettent en scène des femmes gracieuses surnommées les « Chérettes », qui incarnent la modernité joyeuse et festive de la Belle Époque. En inventant une iconographie optimiste et accessible, Chéret renouvelle profondément l’esthétique de l’espace public, rendant l’art graphique populaire et largement accessible.

En parallèle, Chéret fonde en 1895 la revue « Les Maîtres de l’Affiche », qui rassemble les plus grandes œuvres graphiques de son époque sous forme de lithographies raffinées. Ce projet éditorial rencontre un immense succès, permettant au grand public d’accéder facilement à des créations artistiques jusque-là réservées aux collectionneurs.

Du graphisme à la décoration : un artiste complet

Reconnu par ses contemporains pour son talent graphique, Jules Chéret étend également son savoir-faire à la décoration intérieure et à la fresque monumentale. À partir des années 1890, il répond à d’importantes commandes publiques et privées. Il décore des espaces prestigieux comme la salle des fêtes de l’Hôtel de Ville de Paris, le théâtre du musée Grévin, ou encore la villa du mécène Maurice Fenaille à Neuilly. Dans ces décors, on retrouve toute l’énergie joyeuse et les motifs élégants caractéristiques de son style affichiste. Ses personnages semblent flotter avec légèreté dans l’espace, affirmant une continuité esthétique forte entre ses créations graphiques et ses réalisations décoratives.

La critique d’art contemporaine salue unanimement le travail de Chéret, lui reconnaissant non seulement des qualités décoratives mais aussi une véritable portée sociale. Pour Roger Marx notamment, Jules Chéret incarne un art démocratique qui réenchante la vie quotidienne en portant la beauté dans les rues, accessible à tous. Sa capacité à harmoniser l’esprit décoratif du rococo et la force graphique des estampes japonaises fait de lui l’un des artistes majeurs et emblématiques de son temps.

Un héritage toujours vivant

Jules Chéret s’éteint en 1932 à Nice, après une carrière qui aura profondément marqué l’histoire du graphisme et du décor. Considéré comme le véritable pionnier de l’affiche moderne, il laisse derrière lui un héritage artistique riche et durable. Son œuvre continue d’influencer les graphistes contemporains, et ses créations restent parmi les plus recherchées par les collectionneurs.


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