Poteries d'Accolay

Les Potiers d’Accolay : Légende artisanale et esprit collectif en Bourgogne

Logo des Poteries d'Accolay
Année de création : 1945
Pays : France
Spécialité : Céramique
Découvrez l’histoire extraordinaire des Potiers d’Accolay, collectif innovant qui marqua l’art populaire avec ses céramiques uniques et audacieuses.

Les débuts d’une communauté d’artisans atypiques

L’histoire des Potiers d’Accolay n’est pas seulement celle d’un groupe d’artisans, mais bien d’une utopie communautaire à la croisée de la foi, de l’art et de la résilience. En 1944, quatre jeunes hommes — André Boutaud, Louis Dangon, Henri Raudé et Wladislaw « Slavik » Palley — se rencontrent dans le contexte troublé de l’Occupation. Tous sont alors élèves d’Alexandre Kostanda au lycée professionnel de Saint-Laurent-lès-Mâcon (aujourd’hui Saint-Laurent-sur-Saône).

À l’automne 1945, les quatre amis s’installent dans une ancienne maison bourgeoise à l’entrée du village d’Accolay, en Bourgogne, à proximité d’un transformateur électrique. Avec eux, Fedor Iodtschine, premier ouvrier embauché. Ils démarrent la production de boutons, broches et bijoux en céramique, influencés par l’esthétique zazou et l’aspiration au renouveau d’après-guerre.

Leur foi se mêle à leur artisanat. Boutaud, véritable meneur du groupe, infuse l’aventure d’une rigueur presque monastique. Il est décrit comme anxieux, inspiré, passionné par les échecs — fondateur du club la Dame blanche à Auxerre — et convaincu que les potiers d’Accolay incarnent une nouvelle forme de vie spirituelle.

De la boutonnerie à la céramique d’auteur

L’aventure prend une tournure professionnelle grâce à un heureux hasard : le grand-père de Boutaud, fournisseur lyonnais de passementerie, les met en lien avec Christian Dior. Le couturier commande 300 boutons pour sa révolutionnaire collection « New Look » de 1946. L’équipe, bientôt étoffée, passe à la production de masse, jusqu’à 900 modèles, décorés à l’or 33 carats.

Une roue de vélo sert d’estampeuse, les fours se multiplient, grâce à un inventif maréchal-ferrant du cru, Bernard Chevillard, qui leur conçoit les machines nécessaires à la cadence effrénée. La production, encore communautaire et sans rémunération en 1946–47, s’organise autour de rôles précis : Palley dirige l’estampage, Dangon supervise la finition, Boutaud tient le cap idéologique et entrepreneurial.

Dès 1947, les commandes de boutons déclinent. Le collectif se tourne alors vers la poterie utilitaire, puis décorative. Palley s’installe à Ivry, Élie Barachant, tourneur professionnel – élève de Kostanda lui aussi, rejoint le collectif et initie une nouvelle phase. Boutaud innove techniquement : au lieu de la silice, il incorpore du verre médical broyé — très riche en plomb — dans l’argile de Provins. Ce mélange unique abaisse la température de cuisson et rend les pièces non gélives, imperméables, aux émaux granités distinctifs.

La terre est faite maison, les couleurs deviennent celles du grès, les engobes à l’ocre se généralisent. Une identité technique et esthétique forte émerge. L’humour et la créativité s’expriment déjà dans certaines pièces.

Vase Accolay bleu granité

L’apogée créative : diversité, humour et audace

Dès les années 50, les créations se vendent à la foire Saint-Martin d’Auxerre, puis dans des magasins installés sur les grands axes touristiques : RN6, RN7, Arcy, Fixin, Appoigny, jusqu’à Paris. Les potiers d’Accolay deviennent une halte artistique incontournable sur la route des vacances et ces lieux de vente deviennent de véritables temples de l’art populaire.

Entre 1957 et 1967, l’atelier devient un véritable creuset d’expérimentations. Sept fours tournent. Des artistes comme Raphaël Giarrusso (formé aux Beaux-Arts de Montréal), Georges Pelletier ou Pierre Merlier rejoignent l’aventure. L’atelier devient aussi chroniqueur de son temps : série « Maya » en hommage aux expositions du Grand Palais, poteries « Shadoks » à l’arrivée de la série à la télévision, inspiration soviétique lors des rencontres diplomatiques. La céramique devient un miroir du monde.

Le symbole du double « A » collé, signature commune, continue de marquer cet esprit d’atelier collectif. Certaines pièces atteignent jusqu’à 300 exemplaires par jour, et trois fours entiers sont cuits quotidiennement. Des « montagnes de poteries » surgissent le long des nationales, défiant les intempéries, exhibant leur robustesse et leur modernité.

Mutation, résine et fin de partie

Les années 70 voient émerger la « cépamine » — résine mêlée à du verre — et une orientation vers le mobilier lumineux, les appliques et les pièces sculpturales. Le collectif devient décorateur, sans renier l’expérimentation. Cependant, la crise pétrolière, Mai 68 et la redéfinition du goût vers un artisanat plus sobre amorcent le déclin.

Boutaud meurt au début des années 1980. Sans lui, la société peine à se réinventer. En 1989, après plus de quatre décennies d’une utopie concrète, la production s’éteint définitivement.

Héritage vivant : entre collection et reconnaissance

Aujourd’hui, les poteries d’Accolay, longtemps oubliées, suscitent un nouvel engouement. Pièces utilitaires ou œuvres totémiques, elles racontent une histoire : celle d’une communauté post-résistance, d’un artisanat joyeux, d’un art populaire à la fois profond, expérimental et accessible. Notre Maison d’Art est fière de proposer quelques pièces de cette aventure collective hors normes, aussi résistante que poétique.


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