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Keraluc, ou l’art vibrant de la terre bretonne

Logo Keraluc
Année de création : 1946
Pays : France
Spécialité : Céramique
Plongée dans l’univers de la manufacture Keraluc à Quimper (1946-1984). Découvrez une histoire de passion, d'art et de famille, un héritage culturel vibrant au cœur de la Bretagne où la tradition et la modernité se mêlent.

Keraluc : Naissance d’un rêve d’argile

Victor Lucas, né en 1897 dans la Manche, nourrit dès les années 30 l’ambition d’ouvrir un atelier de faïence d’art. Diplômé ingénieur en céramique de l’École nationale supérieure de céramique de Sèvres après avoir traversé les épreuves de la Première Guerre mondiale, il perfectionne son savoir-faire au sein des faïenceries Henriot puis HB à Quimper.

La fin de la Seconde Guerre lui ouvre un contexte favorable au lancement de son projet, celui d’une faïencerie singulière, enracinée dans la tradition bretonne et ouverte à la modernité. Il l’imagine comme un foyer d’art vivant réservant une expression totalement libre aux artistes créateurs et rassemblant des passionnés du beau travail. Lucas envisage un temps d’appeler l’atelier « Céraluc », combinaison de « céramique » et de « Luc », en hommage au Saint éponyme, patron des peintres. Il opte finalement pour « Keraluc », littéralement « la maison Lucas » en breton. Un changement justifié par la proximité de Céraluc avec un marque déjà existante, mais tout aussi appropriée à l’engagement de Victor Lucas et sa famille.

Cette dernière s’investit en effet pleinement dans l’entreprise : sa femme, puis ses filles Marie-Thérèse et Yvonne y gèrent la dimension administrative et commerciale, tandis que Pol, son fils, apporte un précieux soutien technique. Cette synergie familiale contribue à faire de Keraluc un atelier d’excellence, tant sur le plan artistique que commercial, passant rapidement d’une dizaine à plus de cinquante employés dès 1950.

Techniques et productions emblématiques

Vase à décor polychrome sur fond écru : profil de Bretonne en costume traditionnel

Initialement, Keraluc se distingue par des décors populaires tels que « Tête de Breton », puis grâce à une brillante idée de Marie-Thérèse Lucas, la manufacture déploie toute une gamme d’émaux colorés sur des formes utilitaires pour la table, connues sous le nom de « manganèse et couleurs ».

Techniquement, les premières céramiques étaient fabriquées à partir d’une faïence calcaire composée notamment d’argile locale de Toulven. Les pièces subissaient deux cuissons successives à des températures précises pour garantir leur résistance et leur esthétique unique. La décoration, exclusivement manuelle, réalisée avec des pinceaux en poils de martre, évolua progressivement vers une glaçure blanche opaque, parfaite transition vers le grès qui prit le relais dès la fin des années 1950.

À partir de 1958, le grès, plus robuste et contemporain, façonné avec de l’argile pure de Toulven, domine définitivement la production. L’introduction du gaz propane en 1965 permit à Keraluc de développer des émaux spéciaux grâce à des cuissons en atmosphère réductrice, maîtrisées dans des fours toujours plus perfectionnés.

Une pépinière d’artistes

Victor Lucas souhaitait faire de Keraluc un lieu où l’art régional breton pourrait s’exprimer librement. Dès ses débuts, la manufacture accueille ainsi des artistes talentueux comme Pierre Toulhoat, André L’Helguen, Joseph Le Corre, Paul Yvain, René Quéré, ou Xavier Krebs chacun apportant une touche personnelle et novatrice.

À gauche, un vase au décor abstrait de Xavier Krebs produit en 1955, à droite, un bas relief de Pierre Toulhoat daté de 1952. Deux productions pour la manufacture Keraluc.
À gauche, un vase au décor abstrait de Xavier Krebs, 1955. À droite, Café au Port, panneau en bas-relief de Pierre Toulhoat, 1952, collection du Musée départemental breton.

Pierre Toulhoat introduit des décors monumentaux en céramique architecturale, Yvain se distingue par son humour graphique, tandis que Krebs apporte une touche d’abstraction influencée par Hartung et Tal Coat.

Jos Le Corre, particulièrement apprécié, développe un univers graphique joyeux, spontané, centré autour du monde végétal et animal avec une prédilection pour les oiseaux. Professeur à l’École des Beaux-Arts de Quimper dès 1952, il fréquente l’atelier de décoration de Keraluc jusqu’en 1959, où ses créations, mêlant originalité et sensibilité, rencontrent un vif succès. Ses motifs floraux et animaliers, souvent déclinés en multiples variantes, deviennent emblématiques de la manufacture.

Un peu plus tard, Jean-Claude Courjault, réintroduit le tournage à la main et développe la technique du grès au sel, techniques reprises à son départ en 1973 par André L’Helguen et Antoine Lucas. 

Évolution et déclin de Keraluc

Malgré ces réussites artistiques, Keraluc subit progressivement les effets de la crise économique. À partir des années 1970, l’entreprise tente de s’adapter avec une production plus artisanale grâce à des tourneurs portugais comme Antonio Noguiera et son frère Francisco.

Antoine Lucas, petit-fils du fondateur, tente également une diversification avec de nouveaux émaux cuits au gaz propane, mais la complexité technique ne permet pas à cette initiative de prospérer. Finalement, confrontée à des difficultés croissantes, la manufacture ferme en 1984. Une reprise par Stylform Arts & Créations se soldera par un échec en 1992.

Aujourd’hui, la marque Keraluc appartient aux Faïenceries HB Henriot de Quimper, perpétuant une collection fidèle aux origines.


En savoir plus

Si l’atelier originel n’existe plus, l’esprit et l’idéal artistique de Keraluc perdurent grâce aux œuvres uniques et à la mémoire transmise par Antoine Lucas, petit-fils du fondateur. Pour découvrir davantage ce patrimoine céramique exceptionnel, plongez dans le site officiel : keraluc.com.