Illustration d'un céramiste et de son fils pour la fiche artiste de la famille Pointu
13 mai 1843
France

Pointu : Trois Générations de céramistes du Puisaye

Discipline·s :
Céramique
Depuis la fin du XIXe siècle, de Jean Marie à Michel, en passant par Léon, chaque Pointu a suivi la voie tracée par son prédécesseur, tout en infusant son propre génie dans le matériau malléable. Ensemble, ils ont façonné un patrimoine céramique incomparable.

Aux Commencements, Jean Marie Pointu : La source solide

Le destin céramique des Pointu trouve son origine en la personne de Jean Marie. Né le 13 mai 1843 dans les volcans du Puy de Dôme, sa vie fut une longue migration, une quête incessante de la perfection céramique. 

Débutant son apprentissage dans la ville des faïenciers, Nevers, où ses parents s’étaient établis en 1850, Jean Pointu tricote les fils de la terre et de l’art, façonnant son existence à la lueur des fours.

De Montreuil-sous-Bois à Montchanin, de Decize à l’abbaye de Roche à Myennes près de Saint-Amand, il porte son art comme un fardeau sacré. À 63 ans, il se fixe enfin à Saint-Amand-en-Puisaye, terre d’argile fertile pour la céramique. Il commence par louer puis acheter « la Poterie Neuve », avant de la revendre et de construire, avec l’aide de son fils Léon, un nouvel atelier.

La céramique de Jean Pointu est un éloge à l’effacement. Épurées, ses formes évitent le baroque excessif, refusant la surenchère pour se concentrer sur l’essence même de la matière. Bombées, galbées, ses pièces sont souvent petites, mais leur discrétion n’ôte rien à leur majesté. Son émail, dans un premier temps sombre, gagne ensuite en clarté, en légèreté, créant une atmosphère douce et délicate.

S’il arpente une terre, celle de la Puisaye, ancrée dans la tradition du grès français, c’en est une autre, plus lointaine, qui imprègne véritablement son art : celle du Japon. Jean Marie se trouve en effet à la croisée de chemins historiques et esthétiques, au moment où le japonisme se fait ressentir en Europe. Fasciné par la délicatesse, la minutie et la beauté naturelle des objets japonais, il s’inspire profondément de cette école d’art pour créer ses propres pièces.

Ainsi, les céramiques de Jean Marie Pointu respirent une subtile harmonie. Elles sont solides et délicates, austères et pourtant pleines de vie. Les lignes sont épurées, les formes sont organiques, empruntant à la nature ses motifs les plus charmants. Les nuances de brun, de vert et de bleu s’entrelacent sans surépaisseur incontrôlée.

Léon Pointu : De l’Héritage à l’Innovation

Léon Pointu, dont la naissance a marqué la fin du XIXe siècle, est le fils de cette première génération. À ses côtés, l’argile a gagné en vigueur et en vitalité. L’artiste naît le 12 septembre 1879 à Fontainebleau. Après des années de formation auprès de son père à Saint-Amand-en-Puisaye, il continue à vivre et à créer, non plus seulement en fils, mais en héritier.

Ses grès dénotent d’une volonté de transcender l’héritage familial. Alors que les céramiques de son père se font discrètes, les siennes aspirent à être vues, touchées, utilisées. Les anses, absentes chez Jean Marie, font leur apparition. Les formes se diversifient, gagnent en audace et en ampleur. Les lignes épurées de son père cèdent la place à des créations plus complexes, plus vivantes.

Léon n’est pas seulement sculpteur, il est aussi coloriste. Oubliées, les teintes sobres et sombres de Jean Marie. À la place, le fils déploie une palette chatoyante, osant le mauve, le vert, le bleu. Plus tard, il expérimente les coulures d’or ou de platine, en fil ou en tâche sur des fonds d’émail foncé Et si ses techniques diffèrent de celles de son père, elles n’en sont pas moins fascinantes.

Elles révèlent une recherche constante de l’innovation et une quête insatiable d’une esthétique à la fois plaisante et fonctionnelle. Le moulage fait également son entrée dans l’atelier des Pointu, offrant de nouvelles perspectives à la production plus commerciale de services à thé, à café, à tabac.. Sans pour autant tomber dans une production industrielle.

Léon Pointu n’est pas seulement un artisan céramiste, c’est un artiste à part entière. Il réinterprète l’héritage de son père avec audace et respect, démontrant que l’innovation n’est pas un reniement du passé, mais une célébration de sa richesse et de sa diversité.

Michel Pointu : Le Renouveau des Formes

La lignée Pointu n’aurait pas été complète sans Michel Pointu. Fils de Léon, il reprend l’atelier de son père et s’engage dans une nouvelle voie : la production de vaisselle utilitaire. Malgré l’échec initial de cette entreprise, Michel ne se décourage pas.

En 1951, en compagnie de son épouse Denise Pointud-Detraz, une ancienne élève de l’École des Beaux-arts de Bourges, il s’installe dans une ancienne poterie à Arquian. Le lieu prend alors la dénomination « Art-Ceram Grand feu », une aventure qui durera jusqu’au début 1963.

Avec Denise, ils réinventent le dessin des formes des grès usuels et créent également des pièces rares, personnelles : vases, coupes, mais surtout des sculptures en grès modelé. Des Christs, des vierges qui ajoutent une nouvelle dimension à l’art de la famille Pointu.

Ainsi, le chemin des Pointu se dessine, de génération en génération, comme une épopée de l’argile et du feu, une épopée dont chaque membre a su trouver sa place, sa voix, pour contribuer à la magnificence de la céramique.


Pour en savoir plus sur les grès du Puisaye : http://www.grespuisaye.fr/