Une vocation céramique parmi les élans de l’Art Nouveau
Joseph et Pierre Mougin, céramistes et sculpteurs de la ville de Nancy, sont deux figures majeures qui ont marqué le début du XXe siècle par leur art. Originaires d’une période marquée par l’effervescence de l’Ecole de Nancy et l’émergence de l’Art nouveau, la passion du feu dont étaient animés ces deux frères s’est exprimée tout au long de leur existence.
Le jeune Joseph, captivé par la science, l’horticulture ou encore la biologie marine, semble avoir été prédestiné aux thématiques chères à l’Art Nouveau végétal lorrain. Après une formation artistique à l’École des Beaux-Arts de Nancy et Paris, il teste pour la première fois à la cuisson du grès, grâce à un petit four emprunté, avec son comparse Charles Lemarquier, à Paris. Malgré les résultats initialement décevants, il ne se décourage pas et déménage à Montrouge en 1898, dans un atelier plus adapté. Grâce à des installations améliorées, il présente ses premières œuvres à l’Exposition Universelle de Paris en 1900, manifestant l’émergence d’une nouvelle force dans le monde de la céramique.
Afin de parfaire ses connaissances, Joseph s’inscrit en tant qu’auditeur libre à la manufacture de Sèvres en 1901. Les influences artistiques qui ont façonné son art sont variées et nombreuses. De ses professeurs comme Bussière, Bergé, à ses camarades comme Lemarquier, jusqu’à l’exposition posthume du grand céramiste Carriès, Joseph Mougin puisa dans une multitude de sources.
Quant à Pierre, malgré un bref flirt avec l’art dramatique, il abandonne rapidement ses ambitions théâtrales pour se joindre à l’enthousiasme de son frère pour la céramique.
Premières œuvres: Un mélange de symbolisme et de naturalisme
Les premières œuvres des frères Mougin marient habilement les cristallisations avec les glaçures, démontrant une acuité aiguë pour le détail, tout en favorisant le lyrisme au réalisme. Ils exprimèrent leur art entre le naturalisme végétal, incarné par le grès, et le symbolisme féminin, sous forme de statuettes en porcelaine, composant ainsi un corpus artistique résonant de l’essence de l’Art Nouveau. En 1905, la reconnaissance artistique des frères Mougin est consacrée par une « première mention » au Salon des artistes français.
Renouveau artistique: L’expérimentation de l’Art Déco
Le virage économique difficile de l’après-guerre les conduit à accepter une proposition d’embauche de Fenal, propriétaire de la faïencerie de Luneville, qui souhaite relancer l’atelier d’art de la manufacture en 1923. Cette opportunité se présente comme une période de renouveau artistique pour les frères Mougin, avec l’émergence de l’Art Déco. Ils exploreront ce nouveau style, optant pour des formes géométriques, l’épuration des lignes et la simplification des volumes. Cependant, cette période est également marquée par une obligation de rendement, leur imposant une production en série pour certains modèles.
Les Mougin, des éditeurs au service de l’art
Tout au long de leur vie, les frères Mougin ont édité de nombreux artistes, s’immergeant dans toutes les étapes de la céramique, depuis la préparation des matières de base jusqu’à la délicate cuisson des œuvres. Parmi les artistes édités, on trouve des figures majeures de l’Ecole de Nancy tels que Bussière et Barrias, ainsi que de nombreux artistes de l’Art Déco édités à la manufacture de Lunéville.
Une rupture et des destins divergents
Cependant, des tensions ont commencé à s’accumuler à la faïencerie, culminant avec le départ de Joseph en 1933, suivi de Pierre trois ans plus tard. Pierre finit ses jours dans une maison de retraite, tandis que Joseph, soutenu par ses amis et sa famille, se plonge dans ses recherches sur l’émail. Il privilégie alors le travail de la matière à celui de la forme, son art devenant extrêmement épuré.
Un héritage artistique perpétué par les enfants Mougin
Joseph Mougin décède en novembre 1961, laissant derrière lui un héritage artistique fort. Ses enfants, Odile, François, Bernard et Jean, ont chacun embrassé une voie artistique différente, allant de la céramique à l’histoire de l’art, perpétuant ainsi la passion du feu qui animait les frères Mougin.


