Charles Lapicque avec casquette
6 octobre 1898
- 15 juillet 1988
France

Lapicque : un Maître du Modernisme

Discipline·s :
Peinture, Dessin
Charles Lapicque est une figure artistique dont l'œuvre et la vie incarnent la diversité et l'éclectisme. À la fois physicien, musicien, philosophe et peintre officiel de la Marine, Lapicque est un touche-à-tout, un trublion inclassable qui a défié les styles, les modes et les courants artistiques. Son génie réside dans sa capacité à se réapproprier les sujets classiques et à s'inviter dans l'histoire moderne, transformant le chaos coloré et informe en narrations distinctes.

Débuts et Premières Expériences de Lapicque

Né à Theix, en Bretagne, en 1898, rapidement orphelin, Charles est adopté par la sœur de sa mère Marcelle et son mari Louis Lapicque, tous deux d’éminents chercheurs en physiologie. Il effectue ses études secondaires dans un cadre privilégié, pratique le dessin et bénéficie d’une éducation musicale. 

Mobilisé de 1917 à 1919 dans l’artillerie de campagne, il participe aux combats de 1918 et reçoit la Croix de Guerre. À son retour, il entre à l’école centrale des arts et manufactures de Paris et commence sa carrière dans un domaine apparemment éloigné de la peinture : l’ingénierie.

Cette formation scientifique le marque profondément, imprégnant son œuvre de sa rigueur et de sa précision. Son penchant pour la recherche scientifique coexiste avec son inclination artistique, érigeant des ponts harmonieux entre la science et l’art.

Ingénieur dans la distribution d’électricité, il épouse Aline Perrin, la fille du futur prix Nobel de physique Jean Perrin, s’installe en Normandie et peint ses premiers paysages près de Caen. Il est ensuite affecté à Paris et y revient en 1924.

En 1925, il rencontre Elmina Auger, une professeure de lettres qui l’incite à poursuivre dans la voie artistique et joue un rôle important dans la formation spirituelle de Lapicque. Ses premières œuvres non figuratives lui valent également les encouragements de Jeanne Bucher, qui lui propose de devenir « peintre de la galerie ». Il abandonne sa carrière d’ingénieur pour se consacrer à la peinture en 1928, réalisant en 1929 sa première exposition personnelle à la Galerie Jeanne Bucher.

Période de Recherche et d’Étude (1929 – 1945)

Après la crise de 29 et la fermeture de la galerie Bucher, Lapicque reprend ses études à la faculté des sciences de Paris, obtient une licence en sciences physiques et commence une thèse de doctorat sous la direction de Charles Fabry. Il occupe de 1931 à 1943 un poste d’assistant préparateur auprès de Maurice Curie, professeur de physique.

Durant cette période, il entreprend des recherches sur la perception des couleurs qui le conduisent à renverser la loi classique de leur échelonnement dans l’espace. En 1934, il entre à l’École supérieure d’optique dont il sort ingénieur-opticien diplômé. Parallèlement, il s’intéresse aux œuvres artisanales anciennes et fait plusieurs communications aux réunions de l’Institut d’optique, notamment, en 1935, sur « le rouge et le bleu dans les Arts ».

En 1936, Lapicque rencontre le philosophe Gabriel Marcel qui l’invite à des séances de discussion et lui fait connaître Jean Wahl, marquant le début de sa réflexion philosophique et esthétique. Il reçoit également la commande de cinq grandes décorations murales pour le futur Palais de la découverte à Paris, mis en place sous l’impulsion de son beau-père, alors sous-secrétaire d’État chargé de la recherche, à l’occasion de l’Exposition universelle de 1937.

Charles Lapicque, La Musique. Commande pour l'exposition universelle de 1937.
Charles Lapicque, La Musique. Commande pour l’exposition universelle de 1937.

L’un de ses panneaux, La synthèse organique (10 × 10 m), lui vaut une médaille d’honneur. 

Il soutient sa thèse de doctorat ès sciences physiques en 1938 sur « l’optique de l’œil et la vision des contours », devant un jury présidé par Charles Fabry tout en réalisant plusieurs sculptures en granit.

Mobilisé en septembre 1939 au Centre national de la recherche scientifique, Lapicque est chargé d’études sur la vision nocturne et le camouflage, travaillant avec Antoine de Saint-Exupéry. Démobilisé, il commence à appliquer ses théories dans une série de Figures armées qui posent les bases d’une peinture nouvelle. Lui et son épouse aident  la chercheuse juive Fanny Weisbuch et sa famille à échapper aux rafles du gouvernement collaborationniste, ce qui leur vaudra la reconnaissance posthume de ‘Justes parmi les Nations’.

En 1943, un contrat avec la Galerie Louis Carré lui permet d’abandonner son poste de préparateur à la faculté des sciences. Il peint en 1944 plusieurs toiles autour de la libération de Paris et retourne en Bretagne à l’été 1945. La Galerie Louis Carré présente en 1946 une exposition « Bazaine, Estève, Lapicque», préfacée par André Frénaud, Jean Lescure et Jean Tardieu.

Lapicque Peintre du Département de la Marine et Reconnaissance Internationale (1948 – 1979)

Tableau de Charles Lapicque de 1959 intitulé Manoeuvre au  Large de Brest

En 1948, Lapicque est nommé peintre du Département de la Marine, ce qui lui donne l’occasion de voyager à travers le monde et d’explorer des paysages maritimes qui influencent profondément son travail. Il peint une série de tableaux sur la mer et les ports, ainsi que sur la vie des marins.

Il structure ses compositions en combinant le trait et l’aplat et nourrit sa gestuelle figurative de lignes entrecroisées, qui deviendront caractéristiques de son œuvre. Au cours de cette période, il expose régulièrement à la Galerie Louis Carré à Paris et à la Knoedler Gallery à New York, et participe à de nombreux Salons et Biennales à travers le monde, recevant le prix Raoul Dufy à celle de Venise en 53, gagnant une reconnaissance internationale. 

Retour à l’Enseignement et Publications (1972 – 1988)

En 1972, Lapicque revient à l’enseignement en tant que professeur à l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts, où il partage ses connaissances et son expérience avec de jeunes artistes. Il publie également plusieurs ouvrages sur la couleur et la perception, dont « La Structure du monde sensible » (1972) et « Les Couleurs, la lumière, la vision » (1980).

Dans les années 1980, Lapicque continue à peindre et à exposer, bien que sa production ralentisse avec l’âge. Il reçoit en 1979 le Grand Prix National de Peinture, une reconnaissance importante de son travail. 

Aujourd’hui, malgré une relative indifférence des institutions publiques, (Son œuvre a été néanmoins acquise par le Centre Pompidou, les musées d’Art Moderne de Paris, Dijon et Besançon notamment) son œuvre trouve un nouvel élan grâce à des expositions rigoureusement sélectionnées à partir de collections privées, réaffirmant son statut d’artiste puissant, parfois agressif, et toujours captivant.

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