Une trajectoire entre tradition et modernité
Formé à l’École des arts appliqués à l’industrie à Paris, Marcel Guillot appartient à cette génération de céramistes français qui, dans l’après-guerre, ont activement participé à la redéfinition du champ des arts décoratifs. Son passage à la Manufacture nationale de Sèvres lui apporte une maîtrise technique rigoureuse, mais c’est en ouvrant son propre atelier, dès les années 1930, qu’il s’émancipe. Installé à Paris, puis à Saint-Maur-des-Fossés, il est l’un des premiers à utiliser un four électrique, signal de son ancrage dans une modernité pragmatique.
Organisateur et figure fédératrice
En 1949, il organise avec Pol Chambost le tout premier Salon des Céramistes d’art de France, à la Maison de la Chimie à Paris. Cet événement fondateur deviendra le Salon des Ateliers d’Art de France. Marcel Guillot en assurera la présidence de 1963 à 1971, avant de passer le relais à Jacques Blin. Son rôle dépasse donc celui de praticien : il est également un animateur du milieu, fédérant artistes et artisans autour d’un projet commun.
Un style à la croisée des usages
Marcel Guillot produit des pièces utilitaires (services de table, vases, plats) comme des objets décoratifs plus audacieux, parfois proches de la sculpture. Son langage plastique s’inscrit dans l’esthétique mid-century modern, avec un goût pour les formes sobres, les volumes compacts et les textures riches. Ses émaux mats ou légèrement satinés, souvent dans une gamme terreuse (bruns, beiges, verts profonds), soulignent la matérialité de la céramique sans chercher l’effet spectaculaire.
Parmi ses créations les plus reconnaissables, ses figures animalières tiennent aussi une place à part. Dans cet esprit, il rejoint d’autres figures du « bestiaire de la modernité » (Chambost, Accolay, Blin), tout en conservant une identité propre.
Une production hybride, entre atelier et diffusion
Son atelier, qui emploie jusqu’à une trentaine de personnes, produit aussi bien des pièces uniques que des séries destinées à la vente en grands magasins, en France comme à l’étranger (notamment aux États-Unis). Cette double casquette – artiste et entrepreneur – lui permet de diffuser largement ses créations tout en conservant une exigence de forme.


