Sculpture tombale représentant Charles Greber
1 janvier 1853
- 1 janvier 1935
Beauvais, France

Gréber : Maître Céramiste de l’Art Nouveau

Discipline·s :
Céramique
Explorez la vie et l'œuvre de Charles Gréber, pilier de la céramique française et maître du grès flammé. Découvrez l'ascendance artistique des Gréber et l'impact de Charles dans l'Art nouveau et l'art de la céramique.

L’Héritage d’une Tradition Familiale

Le récit de la vie de Charles Gréber est indissociable du récit de la dynastie des Gréber, une famille d’artistes de Beauvais qui a marqué de son empreinte l’histoire de la céramique française. L’histoire commence avec Johann Peter, un Autrichien venu en France en 1846. Sculpteur de métier, il fut l’instigateur de cette aventure en créant la première manufacture de grès de Beauvais en 1866, où il engagea ses fils dans la création céramique.

Le jeune Charles, né en 1853, est ainsi initié à l’art de la céramique dès son plus jeune âge. Le tour du potier, le four à grès, le travail de l’argile, tout cela fait partie intégrante de son univers familial. 

Charles Gréber, Artisan de la Beauté Céramique

En 1880, Johann confie à ses deux fils, Charles et Paul, la direction de la Manufacture de grès de Beauvais. Fidèles à l’art traditionnel du grès salé utilitaire, les deux frères y ajoutent leur touche personnelle, faisant évoluer le décor géométrique vers un naturalisme plus en phase avec la mode de leur époque. Les motifs naturels et les scènes réalistes commencent alors à orner les grès, donnant une nouvelle dimension à l’œuvre des Gréber.

Charles Gréber, guidé par son intuition et par les influences parisiennes de l’Art nouveau, pousse l’innovation encore plus loin en se lançant dans la fabrication de céramique architecturale émaillée, ajoutant ainsi une corde à l’arc de la manufacture familiale. Le fruit de cette époque de collaboration est souvent signé par un cachet en creux – GB (Gréber Beauvais) dans un ovale – une marque de reconnaissance encore recherchée par les connaisseurs.

L’Alchimiste du Grès Flammé

Après la séparation avec son frère en 1899, Charles reprend l’usine familiale. Outre la céramique de revêtement architectural, il développe une spécialité qui deviendra également l’emblème de la maison Greber : l’usage du grès flammé. Comme un alchimiste en quête de la pierre philosophale, il invente un procédé d’émaillage et de cuisson qui donne à ses œuvres une palette de couleurs et de motifs inédite, marquée par la fulgurance du feu. Il donne ainsi vie à un univers céramique où chaque pièce semble être le reflet d’une étoile, la trace d’une comète, le sillage d’une galaxie.

Le Succès Artistique et Industriel de Charles Gréber

Charles Gréber est un artiste accompli, mais également un industriel avisé. Il acquiert rapidement une réputation et remporte plusieurs médailles aux expositions nationales et internationales, à tel point qu’il est fait Chevalier de la Légion d’Honneur en 1926. Son travail est reconnu, sa renommée est établie.

Grâce à sa production semi-industrielle, il parvient à populariser ses créations. Les cheminées d’appartement en grès flammé très coloré, les décors de céramique pour bâtiments, ou encore la poterie plus artisanale, se retrouvent dans de nombreux foyers. Il excelle dans la réalisation de reliefs d’animaux ou de végétaux sur du grès flammé, une technique qui a fait sa renommée.

L’esthétique architecturale Art Nouveau des années 1900 est parfaitement illustrée par la céramique architecturale de Gréber, où la couleur occupe une place importante. La maison Gréber, construite en 1911, en est un parfait exemple. Seul édifice conservé de l’ancienne manufacture de céramique, le bâtiment, orné d’un revêtement en grès flammé, est un véritable hommage à la nature et à l’art nouveau. Les caméléons, les batraciens, les roses, le lierre, le pin… tout y est délicatement représenté en grès.

Maison Greber à Beauvais
La Maison Greber à Beauvais

Ce style se retrouve également dans ses œuvres architecturales, qui peuvent être admirées sur de nombreux édifices de Beauvais, de la Picardie, de Paris, et même sur des bâtiments à l’étranger.

La Postérité de Charles Gréber

Charles Gréber n’a pas seulement laissé une œuvre, il a également transmis son savoir-faire à sa famille. Son neveu Pierre Gréber a ainsi continué de développer la manufacture, marquant son époque avec ses grès émaillés aux couleurs vibrantes. Sa fille, Françoise, s’est fait remarquer par la décoration exceptionnelle de ses grands plats circulaires.

La manufacture Gréber a cessé son activité en 1962, mais l’héritage de Charles Gréber est toujours vivant. Son influence sur la céramique française reste majeure, et ses créations continuent d’être admirées et étudiées. Son nom est indissociable de l’art nouveau, et son œuvre reste un témoignage précieux de l’évolution de l’art de la céramique au tournant du XXe siècle.


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