Né en Sicile en 1876, Jean Gerbino est un jeune homme déterminé à marquer l’art de la céramique de son empreinte. Issu d’une famille de potier, il apprend le métier de tourneur dès l’âge de 10 ans suite à la mort de son père. À vingt ans, il travaille dans une grande faïencerie napolitaine puis il traverse les frontières pour s’installer à Vallauris, au cœur de la Côte d’Azur en France.
À cette époque, Vallauris, autrefois modeste village de pêcheurs et de potiers, est en train de devenir le berceau d’une créativité effervescente pour les arts du feu. Gerbino est engagé comme tourneur chez les Massier, une famille d’artistes réputés pour son influence significative sur l’industrie céramique de la région. Sous la guidance des Massier, Gerbino aiguise ses talents et façonne sa vision artistique, avant de partir en Algérie créer sa propre poterie.
L’Installation en Algérie et l’Inspiration pour les Terres Mêlées
En 1905, Gerbino tente une nouvelle aventure en Algérie, où il fonde sa poterie à Maison-Carrée. Cette période se révèle difficile : sa petite fabrique est inondée, le contraignant à revenir en France en 1912. Cependant, cette expérience algérienne est enrichissante : Gerbino s’émerveille des riches décorations murales des maisons et des mosquées, apportant avec lui l’idée de la beauté née du mélange des terres.
Après quelques années à Uzès, il est de retour à Vallauris en 1919, où il procède à de longs et nombreux essais afin de mettre au point sa technique des terres mêlées. Ce travail titanesque de persévérance et de précision finit par porter ses fruits, ce « nériage » devient sa marque de fabrique, lui permettant de créer des œuvres aux motifs uniques et à la texture harmonieuse.
Le procédé Gerbino : L’Invention d’une Mosaïque de Terre
En 1930, il s’installe comme artisan pour exploiter son procédé de terres mélangées. Le génie artistique de Gerbino s’exprime tout entier dans cette technique de céramique singulière, la « Mosaïque de Terre ». Empruntant au Neriage japonais, Gerbino instille sa sensibilité occidentale pour transformer cette technique en une symphonie chromatique, témoignant de la patience et de la précision qui l’animent.
Chaque pièce de céramique de Gerbino se compose de fragments colorés d’argile, teintés avec des oxydes métalliques, minutieusement agencés pour créer des motifs délicats et complexes. Cette mosaïque est ensuite façonnée en une forme définitive, révélant des panoramas époustouflants et des motifs intrigants qui évoquent une histoire, une émotion.
Reconnaissance et Héritage Gerbino
La trajectoire de la carrière de Gerbino rappelle un adage populaire : la véritable valeur n’est pas toujours immédiatement reconnue. Ses œuvres, bien que remarquables, ne sont pas immédiatement saluées par le monde de l’art. Néanmoins, sa persévérance et son talent indéniable finissent par porter leurs fruits.

En 1931, Gerbino reçoit une distinction notable : la Médaille d’or de l’Exposition Coloniale de Paris, une récompense qui signe le début de sa reconnaissance artistique. Par la suite, il est distingué par la Médaille d’argent de l’Exposition International des Arts & Techniques de 1937, cimentant ainsi sa position parmi les grands maîtres de la céramique.Il reçoit de nombreuses distinctions, notamment celle de Chevalier des Arts et Lettres en 56 et expose jusqu’à sa mort en 1966.
Aujourd’hui, ses œuvres sont précieusement conservées dans des musées et des collections privées du monde entier, démontrant la durabilité de son héritage. Son influence sur l’art de la céramique est indéniable, et sa « Mosaïque de Terre » reste une technique incontournable pour les céramistes contemporains.
Sa fabrique, après avoir été dirigée par ses gendres, d’abord Joseph Capra, qui introduira des décors fins à tonalité de bleu et vert, puis Édouard Alziary à partir de 1957, sera reprise par le gendre de ce dernier, Yvan Koenig de 1975 à 2003. Sa fille Muriel, arrière petite-fille de Gerbino, perpétue l’héritage à Vallauris depuis 2005.
Plus de sources sur Jean Gerbino






