Portrait d'Alexandre Bigot par Absecon 59 — Travail personnel, CC BY-SA 4.0
5 novembre 1862
- 11 avril 1927
France

Bigot, l’Alchimiste du grès émaillé

Discipline·s :
Céramique
Alexandre Bigot, est un pionnier de la céramique moderne, dont l'œuvre fusionne science et art pour réinventer l'émaillage. Sa collaboration avec des architectes renommés a marqué l'architecture Art Nouveau avec des grès uniques.

Au creux du XIXème siècle, un vent de changement balaie le monde de l’art. Le Japon, longtemps énigmatique et réticent à partager ses trésors, s’éveille à l’Occident. Ce parfum artistique d’Extrême-Orient infuse progressivement l’art du vieux continent, stimulant un renouveau créatif, particulièrement chez les céramistes et les sculpteurs, avec un retour notable à la sensation et à la nature.

Parmi ces artistes en quête d’authenticité, un nom ressort : Alexandre Bigot. Néanmoins, rien dans les premières années de cet homme ne semblait annoncer l’éclat de son futur.

Né dans une famille de vignerons à Mer (Loir et Cher) en 1862, Bigot se distingue rapidement par son esprit brillant, comme en témoigne son parcours académique. Diplômé en sciences physiques et en chimie organique, il a travaillé aux côtés du célèbre chimiste minéralogiste Charles Friedel. Pourtant, lors de l’exposition universelle de 1889 à Paris, sa rencontre avec la céramique va bouleverser sa vie. Subjugué par cet art, Bigot décide d’abandonner sa carrière universitaire et s’engage sur une voie artistique. 

La chimie au service de l’art : Des émaux aux couleurs infinies

Utilisant sa formation en chimie organique et sa connaissance en minéralogie, Bigot entreprend des études approfondies sur l’émaillage. Il expérimente une quantité innombrable d’émaux, en variant les éléments de base et les acides, et décrit les phénomènes qui affectent l’aspect des émaux après fusion à haute température. Les résultats de ses recherches attire l’attention des maîtres céramistes de son époque, dont Eugène Carriès et Ernest Chaplet notamment.

L’art en action : collaborations fructueuses

Fort de ses découvertes, Bigot se tourne vers la mise en pratique de ses expériences. Il ouvre son premier atelier dans sa ville natale, et commence à créer des objets d’art. 

De nouvelles collaborations voient le jour à partir de 1895. Bigot travaille aux côtés de sculpteurs reconnus tels que René de Saint-Marceaux, Jean Antoine Injalbert, et surtout Pierre Roche. En 1896, il expose vingt-deux grès émaillés dans le magasin L’Art nouveau de Siegfried Bing, et l’année suivante, la petite fabrique de Mer devient l’usine de la Société Bigot & Cie, spécialisée en grès flammés. Ils sont destinés à la création d’objets d’art et de pièces architecturales.

Membre de l’union syndicale des architectes, Bigot collabore avec les plus grands bâtisseurs de son temps, comme Hector Guimard, Jules Lavirotte, Anatole de Baudot ou Auguste Perret, qui dessinent pour lui des modèles de frises, balustrades, cheminées, et bien plus.

14 rue d'Abbeville, façade de l'immeuble Art Nouveau d'Alexandre et Edouard Autant, en grès flammé d'Alexandre Bigot
4 rue d’Abbeville, immeuble Art Nouveau d’Alexandre et Edouard Autant avec une façade en grès flammé d’Alexandre Bigot

Les réalisations de Bigot en matière de grès architectural, de Paris à la province, s’échelonnent sur une quinzaine d’années. Elles concernent différents domaines de l’architecture civile et religieuse : immeubles et hôtels particuliers (Castel Béranger, immeuble Lavirotte, villa Majorelle..)  théâtres (Les 7 Collines de Tulles), établissements commerciaux (Céramic Hôtel, La Samaritaine), églises (Saint-Jean-de-Montmartre)…

En 1900, il reçoit de nombreux prix pour ses réalisations dans le cadre de l’exposition universelle de Paris. Il abandonne la direction de Bigot & Cie au sculpteur et céramiste Camille Alaphilippe pour devenir conseiller technique de l’industrie céramique à partir de 1914.


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